
Guide complet de la culture de Kaga, née de la prospérité d’un million de koku
À l’époque d’Edo, l’établissement du siège du domaine dans la province de Kaga, région centrée sur l’actuelle ville de Kanazawa, a donné naissance à la culture de Kaga, qui s’est développée jusqu’à nos jours. La famille Maeda, seigneurs du domaine de Kaga qui gouvernait cette province, consacra sa puissance financière, estimée à un million de koku, à la promotion de la culture. De grandes techniques furent ainsi perfectionnées dans de nombreux domaines, notamment l’artisanat, avec la porcelaine de Kutani et le Kaga-yūzen, mais aussi les arts et traditions comme la cérémonie du thé et le théâtre nô, ainsi que les jardins et la cuisine. Elles se sont transmises jusqu’à aujourd’hui. Cet article présente en détail la culture de Kaga, notamment la manière dont le domaine a bâti sa richesse d’un million de koku et la culture fastueuse née de cette prospérité. Une lecture à ne pas manquer avant de visiter Kanazawa.
Histoire de Kaga et famille Maeda
Voici l’histoire de la famille Maeda, qui développa Kaga grâce à sa puissance financière d’un million de koku.
Kanazawa avant la domination du domaine de Kaga
Selon le conte populaire de Kanazawa « Imohori Tōgorō », un jeune homme nommé Tōgorō déterrait autrefois des tubercules dans la montagne lorsqu’il découvrit de la poudre d’or sur leurs racines. En les lavant dans l’eau d’une source, la poudre d’or s’accumula au fond. La source fut alors appelée « Kanaarai no Sawa », le « marais où l’on lave l’or », nom qui aurait fini par désigner le lieu. Cette source est le Kinjo Reitaku, situé à l’écart du jardin Kenroku-en, où cette histoire figure également sur une stèle. Une autre théorie évoque l’existence d’un village de spécialistes de l’extraction de l’or appelés kanaya-shū.
Kanazawa fut à l’origine une ville peuplée de fidèles profondément religieux. Au milieu du XVIe siècle, le Jōdo Shinshū, une école bouddhique, y établit en effet le temple Kanazawa Midō comme base de prédication. Des bâtiments et des hébergements furent construits alentour pour former une ville-temple. Le pont Gokuraku-bashi, dans l’enceinte du château de Kanazawa, serait un vestige de cette époque.
Kanazawa Midō fut conquis par Oda Nobunaga et son vassal Sakuma Morimasa devint seigneur du territoire. Morimasa transforma alors Kanazawa Midō en château de Kanazawa. Maeda Toshiie lui succéda ensuite à la tête du château. Sous son autorité, les travaux progressèrent avec notamment la construction d’un donjon et de hauts remparts de pierre.

La famille Maeda du domaine de Kaga, à l’origine du « million de koku »
La richesse de la famille Maeda du domaine de Kaga était connue sous le nom de « Kaga Hyakumangoku », le million de koku de Kaga. À l’époque d’Edo, le shogunat Tokugawa comptait environ 300 domaines, mais Kaga resta constamment le plus puissant d’entre eux. Le koku était une unité mesurant la capacité de production d’une terre, à travers la quantité de riz qu’elle pouvait produire en une année. Un koku correspondait à environ 180 litres, soit la quantité de riz consommée par un homme adulte en un an. À l’époque, le riz jouait un rôle comparable à celui d’une monnaie. Le kokudaka, ou revenu exprimé en koku, servait donc à mesurer la puissance d’un daimyō, notamment sa force économique et militaire ainsi que l’étendue de son territoire.
Vers 1664, le domaine de Kaga arrivait en tête du classement des daimyō avec 1,03 million de koku. Le domaine de Satsuma, deuxième, n’en comptait que 730 000, tandis que celui de Sendai occupait la troisième place avec 620 000. Ces chiffres montrent l’ampleur exceptionnelle du kokudaka de Kaga.
Trois hommes jouèrent un rôle majeur dans l’ascension de Kaga au premier rang du Japon : Maeda Toshiie, premier seigneur du domaine, Toshi<nobr>naga</nobr>, le deuxième, et Toshitsune, le troisième.
Maeda Toshiie, fondateur du domaine, fut dès son jeune âge un remarquable lancier. Sa bravoure au combat lui permit de se distinguer au sein de la garde personnelle d’Oda Nobunaga. Quatrième fils de la famille Maeda, il n’était en principe pas destiné à en devenir le chef, mais la reconnaissance du clan Oda lui aurait permis d’en hériter. Son premier territoire ne produisait pourtant qu’environ 7 000 koku. Poursuivant ses exploits, il reçut en 1581, alors qu’il avait environ 43 ans, l’ensemble de la province de Noto, représentant près de 200 000 koku, des mains de Nobunaga.

Après la mort d’Oda Nobunaga lors de l’incident du Honnō-ji débuta la bataille de Shizugatake, qui opposa Toyotomi Hideyoshi à Shibata Katsuie. Pour Toshiie, Hideyoshi était un ami proche, tandis que Katsuie était un guerrier qu’il respectait comme un père. Après avoir hésité sur le camp à choisir, il se rangea aux côtés de Katsuie et participa à la bataille. Bien que plusieurs théories existent, on considère qu’il trahit ensuite Katsuie, se retira sans combattre à Shizugatake et rejoignit Hideyoshi. Toshiie excellait en calcul et aurait lui-même déterminé à l’aide d’un boulier le nombre de soldats, d’armes et de vivres nécessaires, tâche normalement confiée à des vassaux. De son côté, Hideyoshi cherchait à promouvoir le cadastre, une politique consistant à mesurer la superficie des terres et leur rendement afin de percevoir précisément les impôts. Il apprécia donc les grandes compétences de Toshiie en calcul et l’attira dans son camp. Après l’unification du pays par Hideyoshi, Toshiie occupa avec Tokugawa Ieyasu une place centrale au sein du gouvernement Toyotomi et devint sous Hideyoshi un daimyō de 800 000 koku.
Toshinaga, deuxième seigneur, porta le domaine de Kaga à un million de koku. L’occasion se présenta lors de la bataille de Sekigahara en 1600, qui opposa Tokugawa Ieyasu à Ishida Mitsunari. Allié à Ieyasu, Toshinaga combattit vaillamment dans la région du Hokuriku. En récompense, il reçut 200 000 koku de terres supplémentaires et devint un très grand daimyō à la tête d’un million de koku.
En 1605, Toshitsune, troisième seigneur, hérita de ce million de koku. C’est lui qui consolida les fondations du domaine de Kaga, appelé à durer 300 ans. Afin d’assurer des récoltes de riz stables, il mit en œuvre des politiques destinées à renforcer les villages et à améliorer la production agricole. Le revenu du domaine atteignit ainsi 1,25 million de koku. Ces mesures rendirent inébranlable la prospérité du « million de koku de Kaga » pendant 300 ans.
Festival Kanazawa Hyakumangoku
Le festival Kanazawa Hyakumangoku, l’un des plus grands de la ville, commémore l’entrée de Maeda Toshiie au château de Kanazawa. Plus qu’un simple événement, il permet de découvrir les arts du spectacle et les traditions étroitement liés au domaine de Kaga. En voici les principaux attraits.
Qu’est-ce que le festival Kanazawa Hyakumangoku ?
Cet événement, organisé chaque année au début du mois de juin à Kanazawa, commémore l’entrée de Maeda Toshiie, fondateur du domaine de Kaga, au château de Kanazawa le 14 juin 1583 et la fondation de la ville. Il s’agit de l’un des plus grands festivals de Kanazawa, attirant de nombreux visiteurs du Japon et de l’étranger. Son temps fort est le somptueux défilé Hyakumangoku, une grande procession historique reconstituant l’entrée de Maeda Toshiie au château. La présence annuelle d’un acteur célèbre dans le rôle de Toshiie constitue également l’un des attraits du festival. Guerriers, pompiers Kaga-tobi, danseurs du lion et fanfares partent de la porte Tsuzumi-mon, sur la place est de la gare de Kanazawa, avant de pénétrer dans le château par la porte Ishikawa-mon. Cette immense parade dure jusqu’à quatre heures.

Procession des guerriers
Cette procession historique forme le cœur du défilé Hyakumangoku. Les participants avancent en guerriers de l’époque Sengoku, vêtus d’armures et de jinbaori. Le cortège comprend des groupes représentant des personnes et organisations liées à la famille Maeda, notamment Maeda Toshiie, son épouse Matsu, ses vassaux, les Akahoro-shū et les huit grandes familles de Kaga. La procession des guerriers apparaît dans la seconde moitié du défilé et constitue le principal temps fort du festival.
Kaga-tobi
Le Kaga-tobi est à la fois un art traditionnel et une culture de lutte contre les incendies issue des brigades de pompiers du daimyō de Kaga. Le domaine avait constitué un corps d’élite pour faire face aux incendies de sa résidence d’Edo. Les actuels Kaga-tobi sont les héritiers de cette tradition. Lors du festival Hyakumangoku, des membres des brigades de pompiers de Kanazawa forment un cortège et présentent les techniques du matoi-furi et de l’ascension d’échelles. Cette dernière remonterait à l’époque d’Edo, lorsque les pompiers dressaient de hautes échelles sur les lieux d’un incendie afin d’observer d’en haut le feu, la direction du vent et l’état des bâtiments. Les acrobaties exécutées au sommet, comme l’équilibre sur les mains ou sur une jambe, sont impressionnantes !

Danse du lion
Le Kaga-jishi est une danse du lion transmise dans la préfecture d’Ishikawa. Elle trouverait son origine dans la danse festive exécutée par la population lors de l’entrée de Maeda Toshiie au château de Kanazawa. Elle se diffusa ensuite grâce aux encouragements des seigneurs successifs du domaine. Contrairement aux danses du lion habituellement interprétées par deux personnes, elle se distingue par une grande tête de lion impressionnante et par sa forte dimension martiale. Lors du festival Kanazawa Hyakumangoku, les associations locales de préservation avancent en présentant les danses propres à chaque quartier. Le lion secoue sa crinière et effectue des mouvements au rythme des bâtons et des tambours.

Fanfares
Les fanfares ouvrent le défilé Hyakumangoku. Orchestres d’établissements scolaires locaux, équipes de twirling bâton, fanfares des pompiers, de la police et des Forces japonaises d’autodéfense avancent en présentant leurs morceaux et leurs chorégraphies. Elles renforcent l’effervescence du festival avant le début de la procession historique.
Le festival Kanazawa Hyakumangoku ne se limite pas à la parade. Il permet aussi de découvrir la culture de Kaga créée par le domaine, en participant à une cérémonie du thé lors du Hyakumangoku Chakai ou en assistant, à la lueur des braseros, à un spectacle onirique de nô en plein air de l’école Kaga Hōshō.
Culture traditionnelle de Kaga
Grâce à la richesse d’un million de koku du domaine de Kaga, une brillante culture traditionnelle, comparable à celles de Kyoto et d’Edo, vit le jour et se développa de manière singulière. Voici les traditions de Kaga qui se transmettent encore aujourd’hui.
Pourquoi la culture de Kaga est-elle née ?
La culture de Kaga s’épanouit sur fond de prospérité du « million de koku » accompli par la famille Maeda. À l’époque d’Edo, cette famille, qui gouvernait la région de Kaga, possédait la deuxième puissance financière du pays après les Tokugawa, fondateurs du shogunat. Elle faisait donc l’objet de leur méfiance, les Tokugawa craignant probablement une éventuelle rébellion. Pour détourner cette attention, les Maeda auraient consacré leur fortune non pas aux affaires militaires, mais à une politique culturelle soutenant les arts et l’artisanat. Ils firent venir de Kyoto et d’Edo d’éminents représentants de chaque discipline afin d’implanter à Kanazawa une culture de premier ordre. Ainsi naquit une culture originale influencée à la fois par celle de l’aristocratie de Kyoto et celle des guerriers d’Edo.
À l’époque d’Edo, conformément aux souhaits des seigneurs du domaine, le nô, la cérémonie du thé et d’autres formes culturelles furent encouragés non seulement parmi les samouraïs, mais aussi auprès des marchands, artisans et autres citadins. Ils s’enracinèrent profondément dans la ville fortifiée de Kanazawa. La culture guerrière était liée au perfectionnement spirituel et privilégiait une grande sensibilité esthétique ainsi que la richesse intérieure. Cet esprit influença également la vie des habitants de la ville. Ainsi, après la fin de l’ère des samouraïs, la famille Maeda et nombre de ses vassaux quittèrent Kanazawa, mais les citadins préservèrent précieusement cette culture, qui subsiste encore aujourd’hui.
Cérémonie du thé
La cérémonie du thé est une tradition japonaise consistant à préparer du matcha pour accueillir des invités. Elle ne se réduit pas à un ensemble de règles pour boire le thé : c’est un art global associant étiquette, spiritualité et sens esthétique. Elle trouverait son origine à l’époque de Kamakura, lorsque des moines zen introduisirent le thé de Chine, puis se répandit parmi les guerriers et les aristocrates à l’époque de Muromachi. Au XVIe siècle, Sen no Rikyū porta à son apogée le wabi-cha, accordant une importance particulière à l’esprit du wabi-sabi, qui recherche la beauté dans la simplicité, ainsi qu’à l’hospitalité exprimée par l’ichigo ichie, l’idée que chaque rencontre est unique. Ces principes comptent encore parmi ceux auxquels les Japonais sont attachés. La tradition s’est transmise jusqu’à aujourd’hui comme une forme d’hospitalité où chaque élément participe à l’accueil, de la salle et des ustensiles de thé au rouleau suspendu, aux fleurs et aux pâtisseries.

Sous la politique d’encouragement du domaine de Kaga, la cérémonie du thé se diffusa également dans la région. De génération en génération, la famille Maeda lui accorda une grande importance et veilla à la préserver. Cette tradition reste vivante à Kanazawa, où de nombreuses salles de thé sont encore disséminées dans la ville. La préfecture d’Ishikawa arrive en tête du Japon pour les dépenses en pâtisseries japonaises et compte aussi parmi celles qui possèdent le plus grand nombre d’écoles de cérémonie du thé.
Après l’unification du pays par Toyotomi Hideyoshi, les guerriers de l’époque Sengoku disposèrent davantage de temps pour pratiquer les arts. Maeda Toshiie fut l’un d’eux. Prenant pour maître Sen no Rikyū, qui avait parachevé la cérémonie du thé, il participa à des réunions de thé, en organisa et approfondit sa connaissance de cet art. Toshiie fut à l’origine de son implantation à Kaga.
Le troisième seigneur, Toshitsune, occupe une place particulièrement importante dans les relations entre le domaine de Kaga et la cérémonie du thé. Il engagea Sensō Sōshitsu, quatrième fils de Sōtan, petit-fils de Sen no Rikyū, qui devint ensuite le fondateur de l’école Urasenke. Sensō aurait enseigné la cérémonie non seulement aux guerriers du domaine, mais aussi aux marchands et aux citadins. La culture du thé se diffusa ainsi rapidement dans toute la ville fortifiée.
Le cinquième seigneur, Tsunanori, protégea la culture du thé en tant que culture officielle du domaine et contribua à sa maturation et à son développement. Il encouragea également l’artisanat et fit fabriquer ou collectionna de célèbres ustensiles de thé. La cérémonie du thé connut alors son âge d’or à Kaga.
Les fondations de la cérémonie du thé furent ainsi posées à Kaga avant de continuer à se développer. Kanazawa reste aujourd’hui l’un des principaux centres japonais de la culture du thé.
Kaga Hōshō
Le Kaga Hōshō est une tradition du théâtre nô qui s’est développée sous le domaine de Kaga. Désignée bien culturel immatériel de la préfecture d’Ishikawa, elle est protégée et préservée par la ville de Kanazawa.

À l’époque d’Edo, le nô était un shikigaku, un art du spectacle présenté lors des cérémonies et événements officiels du shogunat. Les domaines de tout le pays employaient eux aussi des acteurs de nô. C’était notamment le cas à Kaga, où des pièces étaient jouées lors des cérémonies, célébrations et réceptions du seigneur. Le nô était également considéré comme un élément important de l’éducation des samouraïs.
Le fondateur du domaine, Toshiie, appréciait lui aussi le nô et aurait pratiqué assidûment, parfois une fois tous les quelques jours. Si la famille Maeda aimait déjà cet art à son époque, ce n’est qu’à partir du cinquième seigneur, Tsunanori, qu’elle se mit à privilégier l’école Hōshō parmi ses différents courants.
Sous l’influence de Tokugawa Tsunayoshi, qui favorisait l’école Hōshō, Tsunanori adopta lui aussi cette école. Il fit enseigner à ses guerriers le chant et la danse du nô comme arts propres aux samouraïs et les encouragea également parmi les citadins. L’école Hōshō connut ainsi un essor particulier dans le domaine de Kaga, jetant les bases du Kaga Hōshō. On dit que les chants résonnaient dans toute la ville au point de donner l’impression qu’ils « tombaient du ciel ».
Kaga-yūzen
Le Kaga-yūzen trouverait son origine dans l’umezome, une technique de teinture unie propre à Kaga, apparue il y a environ 500 ans. Au milieu de l’époque d’Edo naquit ensuite le yūzen-zome, qui transposait dans la teinture les motifs de Miyazaki Yūzensai, célèbre peintre d’éventails de Kyoto. Sous son influence, cette technique se développa également à Kaga.
Le Kaga-yūzen perpétue encore les techniques de l’époque d’Edo. Ses couleurs reposent sur les « cinq teintes du yūzen » : le brun de sappan, parfois appelé rouge carmin, l’indigo, l’ocre jaune, le vert herbe et le violet ancien.
Les motifs, sobres, représentent principalement des fleurs et des oiseaux de manière réaliste. Ils recourent abondamment à de beaux dégradés. Parmi les techniques employées figurent le sotobokashi, où l’extérieur est teint plus foncé que le centre, ainsi que le mushikui, qui reproduit des feuilles rongées par les insectes. La finition est elle aussi caractéristique. Contrairement au Kyō-yūzen et à d’autres formes de yūzen-zome, qui utilisent des feuilles d’or, des réserves par nouage ou de la broderie, le Kaga-yūzen n’ajoute aucun de ces ornements et n’emploie pratiquement aucune technique autre que la teinture. Il est classé artisanat traditionnel national.

Porcelaine de Kutani
La porcelaine de Kutani attire le regard par ses décors polychromes. Cet artisanat traditionnel de la préfecture d’Ishikawa est né au début de l’époque d’Edo, il y a plus de 370 ans. Comme la porcelaine d’Arita et celle de Kyoto, elle appartient à la catégorie des porcelaines. Contrairement aux poteries de Seto, Mino ou Mashiko, fabriquées à partir d’argile et cuites à basse température, épaisses, lourdes et absorbantes, la porcelaine est produite à haute température à partir de roches contenant du feldspath et du quartz vitreux. Elle se distingue par sa dureté, son imperméabilité et le son métallique qu’elle émet lorsqu’on la frappe.
La porcelaine de Kutani compte trois styles de décoration. Le premier, appelé aote, n’utilise pas de rouge, mais quatre couleurs : vert, jaune, bleu foncé et violet. Toute la surface de la pièce est peinte, sans laisser le moindre espace vierge. Le motif est particulièrement audacieux.
Le style iroe se caractérise par des paysages d’inspiration chinoise, des personnages, des fleurs, des oiseaux et des scènes de la nature peints de façon picturale et réaliste au centre de la pièce. Il emploie les « cinq couleurs de Kutani » : vert, jaune, violet, bleu foncé et rouge. Ces décors très somptueux évoquent des rouleaux suspendus ou des paravents.
Le style akae utilise principalement le rouge pour couvrir toute la pièce de dessins minutieux. Des ornements dorés viennent parfois enrichir la composition.

Feuille d’or
Kanazawa produit 99 % des feuilles d’or fabriquées au Japon, ce qui en fait le premier centre de production du pays. On pense que leur fabrication y remonte à l’époque Sengoku.
Des archives indiquent en effet que Maeda Toshiie, qui participait aux campagnes de Corée de Toyotomi Hideyoshi, ordonna la production de feuilles métalliques depuis son camp de Hizen Nagoya, dans l’actuelle préfecture de Saga, où il aurait séjourné. Après l’établissement du shogunat d’Edo, celui-ci interdit la fabrication des feuilles d’or ailleurs qu’à Edo et Kyoto afin de contrôler strictement l’or et l’argent. Interdite également à Kanazawa, cette activité connut alors un déclin temporaire.
Cependant, après la destruction du second château du château de Kanazawa en 1808, de grandes quantités de feuilles d’or furent nécessaires à sa reconstruction. Avec l’autorisation du shogunat, le domaine de Kaga fit venir des artisans de Kyoto afin d’apprendre leurs techniques.
À la fin de l’époque d’Edo, les citadins de Kanazawa négocièrent une autorisation de production auprès du shogunat sous prétexte de « rebattre les feuilles endommagées » pendant leur transport depuis Edo. Ils obtinrent finalement le droit d’en fabriquer, mais uniquement pour les besoins officiels du domaine, comme la restauration du château de Kanazawa.
Depuis lors, les artisans de Kanazawa n’ont cessé de perfectionner leur savoir-faire, jusqu’à faire de la ville le premier centre de production du pays.

Culture culinaire de Kaga
En décembre 2025, la cuisine de Kaga a été inscrite au patrimoine culturel immatériel national. Elle représente la culture culinaire traditionnelle de la préfecture d’Ishikawa. Après la cuisine de Kyoto, il s’agit seulement du deuxième type de cuisine japonaise à recevoir cette reconnaissance. Elle possède donc une valeur historique ou artistique particulièrement élevée pour le Japon et incarne un savoir-faire humain transmis de génération en génération.
La cuisine de Kaga est elle aussi née de la culture guerrière du « million de koku de Kaga ». Le honzen ryōri, repas formel attaché aux rites et au rang dans la société guerrière, ainsi que la prestigieuse cuisine de réception destinée aux invités, se développèrent et permirent d’affiner saveurs et techniques.
L’abondance naturelle de la préfecture d’Ishikawa est également essentielle pour comprendre cette cuisine, à commencer par les produits de la mer. Située au bord de la mer du Japon, la région se trouve à la rencontre d’un courant chaud et d’un courant froid. Elle bénéficie ainsi d’un accès privilégié aux produits saisonniers, comme les calmars lucioles et les crevettes blanches au printemps, ou les crabes des neiges et les sériole d’hiver pendant la saison froide.


Le jibuni est l’un des plats emblématiques de la cuisine de Kaga. Ce ragoût associe du canard ou du poulet fariné à des légumes de Kaga de saison et au sudare-fu, une spécialité locale à base de gluten de blé, le tout mijoté dans une sauce sucrée-salée.

Paysages historiques de Kaga
De nombreux quartiers permettent encore d’admirer les paysages historiques façonnés par le domaine de Kaga. Voici quelques-uns des sites touristiques les plus appréciés, où l’on retrouve des décors évoquant l’époque d’Edo. Louer un kimono pour s’y promener est particulièrement recommandé.
1. Kenroku-en
Le jardin Kenroku-en perpétue aujourd’hui encore le souvenir de la splendeur du million de koku de Kaga.

L’histoire de Kenroku-en aurait commencé en 1676, lorsque Maeda Tsunanori, cinquième seigneur du domaine de Kaga, aménagea un jardin sur le terrain d’une villa faisant face au château de Kanazawa. Les seigneurs successifs le façonnèrent ensuite durant de longues années pour en faire un jardin de daimyō emblématique de l’époque d’Edo. Il aurait pris une forme proche de son aspect actuel sous le douzième seigneur Narinaga et le treizième Nariyasu. Comptant parmi les trois plus beaux jardins du Japon, il offre des attraits en toute saison : pruniers et cerisiers au printemps, iris et verdure nouvelle au début de l’été, puis feuillages colorés en automne. Il est toutefois particulièrement célèbre pour ses paysages enneigés. À Kanazawa, située du côté de la mer du Japon et soumise à d’importantes chutes de neige, les branches des arbres sont soutenues par des cordes selon une technique appelée yukitsuri afin de les protéger du poids de la neige. Pour le célèbre pin Karasaki du jardin, un haut poteau est dressé et des cordes en partent en rayons pour soutenir les branches.

Kenroku-en est un jardin-promenade. Sur ses 114 000 m² sont disséminés des étangs, des ponts, des collines artificielles et des maisons de thé où se reposer ou manger, permettant d’apprécier le jardin en s’y promenant. Son nom vient des « six qualités » : espace, isolement, artifice, ancienneté, cours d’eau et panorama. Le paysage change à chaque pas, offrant un plaisir sans cesse renouvelé.
2. Ancien quartier des résidences de samouraïs de Nagamachi

Ce quartier conserve d’imposantes anciennes résidences de samouraïs donnant l’impression de remonter à l’époque d’Edo. On peut y admirer des murs de terre traditionnels et des rues pavées. Sous le régime féodal, les demeures de samouraïs de rang intermédiaire s’y alignaient. Certaines sont ouvertes au public et permettent de découvrir le luxe de ces résidences ainsi que leurs jardins. Les environs comptent aussi des boutiques d’artisanat traditionnel et des établissements proposant notamment des boulettes de riz sucrées, de quoi agrémenter la promenade.
3. Quartiers des maisons de thé

En 1820, le domaine de Kaga regroupa les maisons de thé jusque-là dispersées dans la ville au sein de zones déterminées afin de contrôler leur activité. Il s’agissait en quelque sorte de quartiers de geishas officiellement reconnus par le domaine. Les trois quartiers de maisons de thé de Kanazawa subsistent encore aujourd’hui : Higashi Chaya, Nishi Chaya et Kazuemachi Chaya.
Le quartier de Higashi Chaya, à environ 30 minutes à pied de la gare de Kanazawa, fut particulièrement animé à la fin de l’époque d’Edo. Classé secteur de préservation des groupes de bâtiments traditionnels importants, il conserve son paysage urbain de l’époque. Les maisons de thé sont des lieux de sociabilité pour adultes où les geishas divertissent les clients par la danse et le shamisen. Cinq établissements y sont toujours en activité et emploient plus d’une dizaine de geishas. Ils appliquent le principe selon lequel les nouveaux clients ne sont pas admis sans présentation par une personne qui les fréquente déjà. Il est donc impossible d’y entrer sans recommandation. Toutefois, le musée Kanazawa Asanogawa Enyūkai Hall permet de découvrir l’histoire de Higashi Chaya, d’assister à des danses de geishas et de vivre une expérience dans une salle de réception traditionnelle.
Le quartier compte également des boutiques de location de kimonos, ce qui permet de s’y promener en tenue traditionnelle.
Il faut noter qu’il est interdit de manger en marchant dans Higashi Chaya, car le quartier est classé secteur protégé. Les aliments doivent en principe être consommés à l’intérieur des établissements. Respecter les règles contribue à préserver ce beau paysage.
Conclusion
Cet article aura montré que toute la culture de Kaga a pu naître grâce à la richesse d’un million de koku bâtie par la famille Maeda. Apparue à l’époque d’Edo, cette culture propre à Kaga, différente de celles de Kyoto et d’Edo, ainsi que ses paysages ont été précieusement transmis jusqu’à aujourd’hui. Lors d’une visite à Kanazawa, partez à la recherche des vestiges de cette prospérité.