Guide complet de la calligraphie japonaise : une culture qui apaise l’esprit au fil du pinceau et de l’encre

Guide complet de la calligraphie japonaise : une culture qui apaise l’esprit au fil du pinceau et de l’encre

Dernière mise à jour :
Rédigé par :  Motomura Sayaka
Supervisé par :  Calligraphy Kyoto Chifumi

La calligraphie japonaise est l’une des traditions culturelles du Japon.
Écrire paraît à première vue être un geste simple, mais le temps passé à tracer chaque trait avec un pinceau, enveloppé par le parfum de l’encre, apaise naturellement l’esprit et permet de dialoguer avec soi-même. En cherchant à former de beaux caractères, on acquiert des qualités essentielles telles que la concentration, le respect des règles et le soin accordé à chaque chose.
Cet article présente en détail l’histoire, les outils, la posture fondamentale et les nombreux attraits de la calligraphie japonaise, tout en relatant une véritable séance d’initiation.

Introduction : qu’est-ce que la calligraphie japonaise ?

La calligraphie japonaise, ou shodō, est l’une des traditions culturelles du Japon. Elle consiste à écrire des caractères à l’aide d’un pinceau et d’encre.
Outre la réalisation de beaux caractères, elle permet d’exprimer sa personnalité et d’approfondir sa compréhension des mots. Au Japon, on dit depuis longtemps que « la calligraphie révèle la personne ». Cette expression signifie que l’écriture est un miroir de soi : les caractères tracés laisseraient transparaître la personnalité, l’état d’esprit et la culture de leur auteur.
La calligraphie ne consiste qu’à écrire des caractères, mais c’est aussi une tradition japonaise qui permet d’apprendre des choses essentielles en apaisant son esprit, en se recentrant sur soi et en s’appliquant à former une belle écriture.
À l’époque actuelle, où les échanges passent de plus en plus par des textes saisis sur ordinateur ou smartphone, les occasions d’écrire sur du papier ont considérablement diminué. Pourtant, l’écriture manuscrite transmet la chaleur et les sentiments de son auteur. C’est précisément dans notre société moderne, riche en commodités, que les attraits de la calligraphie méritent d’être redécouverts.

Histoire de la calligraphie japonaise

Les kanji utilisés en calligraphie sont apparus en Chine il y a environ 3 500 ans. À cette époque, le papier n’existait pas encore. Les caractères étaient gravés sur des carapaces de tortue ou sur des os d’animaux tels que les bovins et les chevaux. Il s’agissait des inscriptions oraculaires, ancêtres des kanji. Plus proches de pictogrammes que des caractères actuels, elles ont ensuite commencé à être gravées sur des objets en bronze et sur la pierre plutôt que sur des carapaces et des os. Il y a environ 2 500 ans, ces pictogrammes ont progressivement pris l’apparence de véritables caractères. De nombreuses autres formes étant ensuite apparues, Qin Shi Huang, premier empereur de Chine, a unifié l’écriture il y a environ 2 300 ans. Le style alors établi était le petit sigillaire, appelé shōten, une forme d’écriture sigillaire ou tensho. À partir de celui-ci s’est développée l’écriture des scribes, reisho, qui en simplifiait les formes, puis sont nées l’écriture cursive, sōsho, et l’écriture semi-cursive, gyōsho, conçues pour écrire plus rapidement. Enfin est apparue l’écriture régulière, kaisho, aujourd’hui employée au Japon, dans laquelle chaque trait, notamment les arrêts, les crochets et les balayages, est clairement tracé.
Il existe plusieurs théories sur la naissance de la calligraphie, mais on estime généralement qu’elle remonte à environ 2 000 ans. Les caractères, jusque-là gravés dans la pierre ou sur d’autres supports, ont commencé à être tracés au pinceau. Ils ont ensuite été considérés comme des objets de beauté. C’est ce qui est tenu pour l’origine de la calligraphie.
Elle est arrivée au Japon avec le bouddhisme, vers les VIe et VIIe siècles, entre les époques d’Asuka et de Nara. La calligraphie japonaise aurait débuté par la copie des sutras bouddhiques. Les techniques de fabrication des pinceaux et de l’encre, ainsi que celles de production du papier, ont été introduites à la même période. Savoir écrire au pinceau et à l’encre constituait alors un élément important de la culture des guerriers et des aristocrates. À l’époque de Heian, marquée par l’essor de la culture aristocratique, les nobles échangeaient leurs sentiments au moyen de poèmes waka inscrits dans des lettres. C’est dans ce contexte que sont nés les hiragana, dérivés des kanji.

La calligraphie et les Japonais

La calligraphie est profondément ancrée dans la vie quotidienne des Japonais. Dès l’école primaire, l’apprentissage de l’écriture au pinceau et à l’encre fait partie des cours de japonais sous la forme du shūji, l’apprentissage de la belle écriture, ou du shosha, l’apprentissage de l’écriture correcte. Introduit en 1971 dans l’enseignement du japonais à l’école primaire, il est devenu une matière obligatoire. Les manuels de japonais et de shūji sont toutefois distincts, tout comme leurs objectifs pédagogiques. Le shūji consiste à s’exercer à former de beaux caractères au pinceau. L’enseignement met l’accent sur les techniques d’écriture, notamment l’esthétique et l’équilibre des caractères ainsi que la pression exercée sur le pinceau. Le shosha apprend quant à lui à écrire les caractères avec exactitude. Son objectif est d’apprendre à manier le pinceau afin de former des caractères beaux et corrects. Savoir écrire de manière lisible et juste est utile dans la vie quotidienne, notamment pour rédiger une lettre. C’est pour cette raison que cet apprentissage fait partie de la scolarité obligatoire.
Au lycée, la calligraphie est proposée comme enseignement artistique optionnel. Elle dépasse le shūji et le shosha, qui visent à apprendre le maniement du pinceau et à écrire correctement, pour rechercher la beauté et la dimension artistique des caractères. Leur expression passe par les nuances de l’encre et les mouvements du pinceau, tout en tenant compte de leur signification et de leur origine. Au Japon, il est donc courant qu’au lycée, la calligraphie ne relève plus des cours de japonais, mais soit choisie parmi les enseignements artistiques, aux côtés des arts plastiques et de la musique.
Les Japonais ont ainsi l’occasion de découvrir dès leur enfance la calligraphie, tradition culturelle consistant à écrire au pinceau et à l’encre. Il semblerait que les programmes scolaires intégrant l’apprentissage d’une culture traditionnelle soient assez rares à l’étranger, ce qui surprend souvent les visiteurs venus d’autres pays. Par ailleurs, de nombreuses écoles primaires japonaises n’imposent pas d’uniforme. Les jours de cours de shūji, bien qu’aucun code vestimentaire ne soit prescrit, presque tous les élèves de la classe portaient souvent des vêtements noirs ou foncés, offrant une scène amusante et marquante. Comme ils ne maîtrisaient pas encore le pinceau, ils risquaient facilement de tacher leurs manches d’encre.

Les outils de calligraphie, ou les quatre trésors du lettré

Les outils fondamentaux nécessaires pour débuter la calligraphie sont appelés les « quatre trésors du lettré » : le pinceau, le papier, la pierre à encre et l’encre.
Le terme « cabinet du lettré » désigne le bureau d’étude. L’expression « quatre trésors du lettré » était précieuse aux yeux de ceux qui pratiquaient la calligraphie en Chine. Outre ces quatre outils, le presse-papier et le sous-main sont eux aussi indispensables.
Au Japon, tout ce matériel est vendu sous forme de nécessaire de calligraphie.

Les quatre trésors du lettré
Les quatre trésors du lettré

1. Le pinceau

Il existe une grande variété de pinceaux, car le modèle employé varie selon les caractères que l’on souhaite tracer.
Les pinceaux sont notamment classés en fonction de la dureté et de la matière de leurs poils, de la longueur de leur touffe et de l’épaisseur de leur manche.

Pinceaux
Pinceaux

Dureté et matière des poils

La partie que l’on imprègne d’encre pour écrire est appelée la touffe. Elle est principalement constituée de poils d’animaux, notamment de mouton, de cheval, de belette ou de chien viverrin. Sa dureté varie selon l’animal et la partie du corps dont proviennent les poils. Un pinceau aux poils durs permet de tracer des lignes vigoureuses, tandis que des poils souples donnent des caractères plus dynamiques. Il existe également des pinceaux kengō, composés d’un mélange de poils durs et souples, qui leur confère une certaine élasticité.

Longueur de la touffe

Les touffes sont réparties en trois catégories selon leur longueur : longues, chōhō, courtes, tanpō, ou intermédiaires, chūhō.
Une longue touffe permet de tracer des caractères dynamiques et riches en variations. Une touffe courte produit des caractères plus fermes. Chaque longueur donne ainsi à l’écriture des caractéristiques différentes.

Épaisseur du manche

L’épaisseur du manche est indiquée par un numéro. Elle va du no 1, de 2,1 cm, au no 10, de 0,5 cm. Les nos 1 à 3 sont classés parmi les gros pinceaux, futofude, les nos 4 à 6 parmi les pinceaux moyens, chūhitsu, et les nos 7 à 10 parmi les pinceaux fins, saihitsu.

Pour les débutants, il est conseillé de choisir un pinceau kengō, dont les poils ne sont ni trop souples ni trop durs, avec une touffe de longueur intermédiaire, chūhō, et un manche no 4, facile à tenir.
Le pinceau est un outil très délicat qui doit être manipulé avec soin. On dit même que bien l’entretenir est l’une des clés pour progresser en calligraphie. Après chaque utilisation, il faut impérativement le rincer à l’eau afin d’éliminer complètement l’encre. Il ne faut pas le frotter énergiquement, au risque de l’endommager. L’essentiel est de le nettoyer délicatement avec la pulpe des doigts et de le rincer plusieurs fois jusqu’à ce que l’eau soit claire. Le laisser tel quel après le lavage peut également l’abîmer. Une fois toute l’encre éliminée, il doit sécher naturellement, la touffe orientée vers le bas. Il faut attendre qu’il soit parfaitement sec avant de le réutiliser, sans quoi ses poils risquent de tomber ou de moisir. Le soin avec lequel un même outil est entretenu pour être utilisé pendant de longues années reflète également la sensibilité japonaise.

2. Le papier

La calligraphie utilise un papier japonais washi conçu spécialement pour laisser diffuser l’encre. Il existe du washi fabriqué à la main et du washi fabriqué mécaniquement, dont les caractéristiques varient également selon la région de production et les matières premières. Pour s’exercer, on utilise souvent un papier fabriqué mécaniquement sur lequel l’encre diffuse peu. La chaleur et l’humidité élevées pouvant facilement l’endommager, il est recommandé de le conserver à l’abri du soleil.

3. L’encre

Il existe deux sortes d’encre : l’encre solide, kokeiboku, et l’encre liquide, ekitaiboku.
L’encre solide est préparée à la main en la frottant sur une pierre à encre tout en ajoutant progressivement de l’eau. L’encre liquide, en revanche, n’a pas besoin d’être préparée et peut être utilisée immédiatement. Plus facile à manier, elle est souvent employée dans les cours scolaires. Le rendu de l’écriture diffère légèrement selon le type d’encre. L’encre solide étant produite par frottement sur la pierre, la taille de ses particules varie et donne du relief aux caractères. Les particules de l’encre liquide sont uniformes. Sa teinte est donc régulière et elle permet de former plus facilement de beaux caractères, ce qui la rend adaptée aux débutants. L’encre liquide est pratique et facile à utiliser, mais l’encre solide possède elle aussi ses qualités. Cette dernière est fabriquée en pétrissant de la suie avec de la colle animale, un adhésif naturel, puis en ajoutant des substances parfumées avant de placer le mélange dans un moule en bois et de le faire sécher. Lorsqu’elle est frottée, un agréable parfum d’encre emplit ainsi l’espace et apaise l’esprit. Sa préparation constitue un moment important pour retrouver son calme avant de se concentrer sur son écriture.

Encre solide
Encre solide

4. La pierre à encre

La partie peu profonde située à l’avant de la pierre à encre est appelée la « terre », tandis que la partie plus profonde située à l’arrière est appelée la « mer ». Pour préparer l’encre, quelques gouttes d’eau sont versées sur la terre, puis l’encre solide y est frottée. L’opération est répétée en ajoutant de nouveau quelques gouttes d’eau. Il est important de frotter délicatement l’encre en effectuant des mouvements circulaires, sans exercer de pression. Une pression excessive produit des particules trop grossières et empêche d’obtenir une encre de qualité.
Il ne faut pas non plus verser toute l’eau en une seule fois. La surface de la pierre à encre est rugueuse et présente une multitude de minuscules aspérités. Le frottement permet ainsi d’obtenir des particules d’encre de différentes tailles. La pierre doit impérativement être entretenue après utilisation. Il faut la plonger dans l’eau afin d’éliminer toute l’encre présente à sa surface, puis la nettoyer avec un chiffon doux. Si des résidus d’encre restent accumulés dans les fines aspérités de la pierre, la couleur de l’encre perd en qualité et il devient impossible de former de beaux caractères.

Pierre à encre
Pierre à encre

Les bases de la calligraphie

Une posture correcte et une bonne tenue du pinceau constituent les bases de la calligraphie.

1. Une posture correcte

La bonne posture est celle qui ne sollicite ni le cou ni les épaules. Le dos doit être droit et la poitrine dégagée. Il est facile de se crisper, mais il faut veiller à détendre les épaules. Il est conseillé de laisser entre le bras tenant le pinceau et le flanc un espace équivalant environ à une balle de tennis. Entre le bras et la table, l’espace doit être à peu près celui d’un poing. Le coude et la main doivent se trouver à la même hauteur. Cette posture correcte constitue une première étape indispensable pour progresser en calligraphie. Une fois maîtrisée, elle réduit la tension sur les épaules et le cou, ce qui favoriserait la circulation sanguine et améliorerait la concentration. Lorsque l’on écrit, il arrive que l’on se concentre au point d’oublier de respirer, mais il est important de penser également à son souffle. L’essentiel est de rester détendu et de ne crisper aucune partie du corps. Avec la répétition, cette posture devient progressivement naturelle.

2. La tenue du pinceau

Le pinceau doit être tenu un peu plus près de la touffe que du milieu du manche. Le tenir près de la pointe apporte certes davantage de stabilité, mais il devient alors trop rigide et plus difficile à déplacer librement avec de grands gestes. Il existe la prise tankōhō, dans laquelle le pinceau est tenu entre le pouce et l’index, et la prise sōkōhō, qui utilise le pouce, l’index et le majeur. La prise tankōhō est identique à celle d’un crayon, tandis que la prise sōkōhō offre davantage de stabilité. Le point le plus important est de ne pas incliner le pinceau : il faut le maintenir droit par rapport au papier. Il est également essentiel de le tenir sans le serrer trop fortement, en relâchant la main.

Initiation à la calligraphie

Le seul atelier de Kyoto proposant un enseignement direct par une calligraphe

Kyoto abrite un atelier où l’on peut apprendre directement auprès d’une calligraphe.
Il s’agit de Calligraphy Kyoto Chifumi, situé dans l’arrondissement de Nakagyō à Kyoto.

Calligraphy Kyoto Chifumi
Calligraphy Kyoto Chifumi

C’est le seul atelier de Kyoto où les cours sont dispensés par une calligraphe.
L’enseignante est Chifumi Niimi, calligraphe née à Kyoto et résidant dans la ville.
Sa mère étant elle aussi calligraphe, Chifumi Niimi a grandi au contact de cet art avant de choisir à son tour cette voie.

Chifumi Niimi
Chifumi Niimi

Elle possède plus de 50 ans d’expérience en calligraphie et enseigne à Kyoto depuis plus de 35 ans.
Outre la direction de son atelier, Chifumi Niimi a donné de nombreuses performances de calligraphie en direct au Japon et dans le monde entier.

Chifumi Niimi pendant une performance
Chifumi Niimi pendant une performance

Elle a notamment animé des ateliers de calligraphie à Taïwan, en Inde, en Allemagne, à Hawaï et en Espagne. En 1989, elle a étudié la calligraphie à l’université Fudan de Shanghai et à l’université de Pékin, période durant laquelle elle a appris l’anglais et le chinois. Elle maîtrise donc plusieurs langues.
Dans son atelier, elle peut enseigner directement en anglais ou en chinois sans passer par un interprète et proposer ainsi un service de qualité jusque dans les explications les plus détaillées. Des participants venus du monde entier, notamment des États-Unis, d’Europe, de France, de Suisse, du Royaume-Uni, de Belgique et de Taïwan, se sont rendus dans son atelier de Kyoto pour apprendre la calligraphie auprès d’elle. Les habitués sont nombreux et beaucoup reviennent accompagnés d’amis ou de membres de leur famille.
L’atelier peut accueillir jusqu’à une dizaine de personnes. L’activité étant très demandée, une réservation préalable est nécessaire. Celle-ci peut être effectuée sur le site Internet. Les pinceaux de toutes tailles exposés dans la salle offrent un spectacle impressionnant.

Pinceaux de toutes tailles
Pinceaux de toutes tailles

Présentation de l’établissement

Nom japonais
カリグラフィー京都 知ふみ書道教室
Adresse
199 Tawaraya-chō, Tominokōji-dōri Nijō-sagaru, Nakagyō-ku, Kyoto, préfecture de Kyoto, au fond de la ruelle en face du centre pour enfants Dōshin Google Maps
Jours d’ouverture
Du lundi au dimanche
Horaires
De 8 h à 21 h
Site Internet
Site Internet

Découverte du cours de création d’une œuvre sur carton shikishi

Le cours de création d’une œuvre sur carton shikishi permet de découvrir facilement la calligraphie chez Calligraphy Kyoto.
L’activité dure 1 heure et coûte 15 000 yens par personne.

1. Commencer par la méditation

À l’arrivée dans l’atelier, la séance commence par une méditation. La calligraphie possède certains points communs avec le zen. Il faut donc d’abord méditer et retrouver son équilibre intérieur avant de se concentrer sur les caractères que l’on va écrire.

1. Présentation des outils

Vient ensuite la présentation des outils.
Nous avons appris que les pinceaux étaient fabriqués à partir de poils d’animaux tels que le cheval, la chèvre ou la belette, et que le hanshi était un papier japonais produit à partir des fibres de l’écorce des arbres. Nous avons également découvert que l’encre existait sous forme solide et liquide et que l’encre solide devait être préparée en la frottant sur une pierre avec de l’eau. Cette préparation demandant du temps, nous avons utilisé de l’encre liquide pour cette séance.

Outils utilisés pendant la séance
Outils utilisés pendant la séance

3. S’exercer aux arrêts, aux crochets et aux balayages

La pratique commence par les gestes fondamentaux composant les kanji : les arrêts, tome, les crochets, hane, et les balayages, harai.
Nous nous exerçons avec un gros pinceau en reproduisant les arrêts, crochets et balayages tracés en rouge vermillon par Chifumi Niimi. Comme elle indique les points auxquels faire attention pour chaque caractère, il est possible de corriger immédiatement ses habitudes d’écriture et les éléments à améliorer.

Exercice sur les arrêts, les crochets et les balayages
Exercice sur les arrêts, les crochets et les balayages

4. Choisir son caractère préféré parmi les modèles

Plusieurs modèles de kanji écrits par Chifumi Niimi sont proposés afin de choisir celui que l’on souhaite reproduire. Il peut s’agir d’un seul caractère comme « 真 », la vérité, ou « 美 », la beauté, de deux caractères comme « 大志 », une grande ambition, ou « 幸運 », la bonne fortune, et même d’expressions en quatre caractères comme « 一期一会 », une rencontre unique, ou « 日進月歩 », des progrès constants.
Il est recommandé de commencer par un seul caractère. Une fois le choix effectué, Chifumi Niimi explique non seulement l’ordre de ses traits, mais aussi sa signification. Cette fois, le caractère choisi était « 和 ».

Chifumi Niimi explique la signification d’un kanji
Chifumi Niimi explique la signification d’un kanji

Elle explique que « 和 » se lit wa et exprime notamment la paix et l’harmonie. Comprendre le sens du kanji transforme davantage encore les sentiments placés dans chaque coup de pinceau.
Il est ensuite temps de reproduire le modèle, mais il faut d’abord toucher la feuille de hanshi pour distinguer son recto de son verso. Le côté lisse est le recto, tandis que le côté rugueux est le verso.

Reproduction du modèle
Reproduction du modèle

J’ai essayé de reproduire fidèlement le modèle, mais l’équilibre du caractère me semblait légèrement imparfait. Chifumi Niimi m’a directement conseillé sur les points à améliorer.
Lorsque j’écrivais les kanji, j’étais si concentré que je retenais inconsciemment mon souffle. Tout au long de l’exercice, Chifumi Niimi m’a donc rappelé de bien respirer et de corriger ma posture.

5. Écrire encore et encore pour progresser

Pour progresser, il faut s’exercer sans relâche. Après avoir travaillé un seul caractère, il est temps d’essayer d’en écrire deux, puis quatre.
Cette fois, le défi consiste à écrire « 幸運 », qui signifie « GOOD LUCK », comme dans le nom de ce site, « GOOD LUCK TRIP ».
Le caractère « 幸 » est assez bien équilibré, mais il est beaucoup plus difficile d’obtenir un résultat satisfaisant avec « 運 ».

« 幸運 »
« 幸運 »

Chifumi Niimi m’a notamment appris à placer le point du radical shinnyō un peu plus à droite et à commencer la partie nyoro davantage en diagonale vers le haut et la droite.
Ses conseils pendant l’écriture de « 大志 » ont également été marquants. On entend parfois l’expression « nourrir de grandes ambitions », mais les nombreux traits secs de ma première tentative ne transmettaient guère le dynamisme associé à cette idée. Chifumi Niimi m’a cependant indiqué que mon pinceau ne contenait pas assez d’encre et que j’écrivais trop vite. En prêtant attention à ces deux points...

Nouvelle tentative pour « 大志 »
Nouvelle tentative pour « 大志 »

J’ai obtenu un « 大志 » audacieux, presque sans aucun trait sec, dont les caractères semblaient véritablement exprimer une grande ambition.
En suivant les conseils de Chifumi Niimi et en répétant encore et encore l’exercice, j’ai constaté que mon écriture se rapprochait progressivement du résultat souhaité.

Comparaison des deux versions de « 大志 »
Comparaison des deux versions de « 大志 »

6. Mise au propre sur un carton shikishi

Après s’être suffisamment exercé vient le moment de réaliser la version définitive. Il est possible d’écrire le kanji de son choix sur un carton shikishi. J’ai choisi « 幸運 », dont le radical shinnyō m’avait donné du fil à retordre. J’ai généreusement imbibé le pinceau d’encre, veillé à appliquer tout ce que j’avais appris, puis tracé les caractères avec soin mais aussi avec audace, en plaçant mes sentiments dans chaque coup de pinceau.
Le résultat était peut-être meilleur que pendant les exercices. Quoi qu’il en soit, j’ai réalisé une œuvre dont j’étais satisfait.

Le carton shikishi achevé portant « 幸運 »
Le carton shikishi achevé portant « 幸運 »

7. Signer l’œuvre

Une fois l’œuvre terminée, le calligraphe y inscrit son nom. Cette signature est appelée rakusei kanshi en calligraphie. Chifumi Niimi enseigne comment écrire son propre nom en katakana à l’aide d’un pinceau fin.

8. Encadrer l’œuvre pour l’achever

Le carton shikishi terminé est placé dans un cadre de calligraphie. Le résultat est une œuvre très élégante.
Il est bien sûr possible de rapporter le carton ainsi que les feuilles de hanshi utilisées pour s’exercer. L’œuvre peut être exposée chez soi directement dans son cadre.
Les feuilles de hanshi ayant les mêmes dimensions que le cadre, il est également possible de changer les caractères exposés selon ses envies.

L’œuvre achevée dans son cadre de calligraphie
L’œuvre achevée dans son cadre de calligraphie

9. De nombreux souvenirs

L’œuvre est rapportée dans un sac en toile conçu par Chifumi Niimi.
Nous avons également reçu une pochette transparente et des cartes postales.

Sac en toile orné d’une calligraphie de Chifumi Niimi
Sac en toile orné d’une calligraphie de Chifumi Niimi

Loin de l’agitation incessante de la ville, le temps passé à apaiser son esprit et à se concentrer sur les caractères avait quelque chose de profondément zen. Jusqu’alors, je n’aimais pas beaucoup mon écriture. Je me demandais si je ne pouvais pas mieux écrire ou former des caractères plus adultes. Mais grâce à l’enseignement de Chifumi Niimi, j’ai appris à mieux équilibrer mes caractères et j’ai commencé à apprécier mon écriture, en me disant qu’elle n’était peut-être pas si mauvaise.

Autres activités proposées

Calligraphy Kyoto propose également plusieurs autres cours très complets.

Création d’une grande calligraphie montée en rouleau suspendu, 6 heures, 70 000 yens par personne

Ce cours permet de créer un grand rouleau suspendu.

Création d’une grande calligraphie montée en rouleau suspendu
Création d’une grande calligraphie montée en rouleau suspendu
Création d’une grande calligraphie montée en rouleau suspendu
Création d’une grande calligraphie montée en rouleau suspendu

La création du rouleau est bien sûr précédée d’une leçon de kanji.
L’œuvre est réalisée avec un pinceau de grande taille adapté au rouleau.
Ce cours se distingue par la possibilité de tracer de grands caractères particulièrement impressionnants.
Il est également possible de fabriquer soi-même le sceau destiné à signer l’œuvre.

Création d’une calligraphie montée en petit rouleau suspendu, 2 heures, 25 000 yens par personne

Ce cours permet de créer un petit rouleau suspendu.

Création d’une calligraphie montée en petit rouleau suspendu
Création d’une calligraphie montée en petit rouleau suspendu
Création d’une calligraphie montée en petit rouleau suspendu
Création d’une calligraphie montée en petit rouleau suspendu

Les participants apprennent à former de beaux kanji avant de réaliser leur œuvre.
Ce cours au contenu très complet permet également de fabriquer soi-même le sceau destiné à signer l’œuvre.

Création d’un éventail calligraphié en kana, 2 heures, 20 000 yens par personne

L’enseignement porte principalement sur les caractères kana.

Création d’un éventail calligraphié en kana
Création d’un éventail calligraphié en kana

Les kana sont des caractères phonétiques employés dans la vie quotidienne au Japon.
Ils semblent reliés les uns aux autres et forment un mouvement fluide et élégant.
Le poème Iroha ou des poèmes traditionnels sont inscrits sur un petit rouleau ou une planchette.
La réalisation s’effectue à l’aide d’un petit pinceau spécialement conçu à cet effet.

Création d’un sceau et copie de sutras, 2 heures, 20 000 yens par personne

D’autres cours de 2 heures, coûtant tous 20 000 yens par personne, permettent de fabriquer un sceau ou de copier des sutras.

Création d’un sceau
Création d’un sceau
Création d’un sceau
Création d’un sceau
Copie de sutras
Copie de sutras

Conclusion

Environ 1 400 ans se sont écoulés depuis l’arrivée de la calligraphie chinoise au Japon. Pendant tout ce temps, les Japonais ont écrit au pinceau et à l’encre. Chacun de ces caractères était chargé de sentiments destinés à des êtres chers.
L’écriture semble refléter fidèlement l’état d’esprit. Dans les moments d’instabilité, les caractères vacillent eux aussi, tandis que lorsque l’esprit est serein, ils paraissent pouvoir être tracés avec davantage d’ampleur et de vigueur. L’un des plaisirs et des attraits de la calligraphie consiste à essayer de calmer son esprit en toute circonstance pour se concentrer sur les caractères que l’on forme.
Aujourd’hui, la communication passe principalement par des textes saisis sur ordinateur ou smartphone et transmis instantanément, si bien que les occasions d’écrire à la main sur du papier ont fortement diminué. Pourtant, une écriture manuscrite laisse naturellement transparaître la chaleur et les sentiments de son auteur. Les émotions et les attentions difficiles à communiquer à travers un écran parviennent ainsi à leur destinataire par l’intermédiaire des caractères. C’est précisément dans notre société moderne, riche en commodités, que les attraits de la calligraphie méritent d’être redécouverts.
Lors d’un séjour au Japon, cette tradition culturelle japonaise mérite d’être découverte tout en apprenant l’origine et la signification des caractères.

Motomura Sayaka

Auteur

Présentateur indépendant

Motomura Sayaka

Principalement consacré à la culture traditionnelle, aux arts du spectacle et à l’histoire

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